L’Actinidia deliciosa, ou kiwi, est une liane d’une vigueur exceptionnelle. Capable de produire des pousses de plusieurs mètres en une seule saison, cet arbuste sarmenteux peut rapidement transformer votre jardin en une jungle impénétrable. Pour le jardinier, l’objectif est d’orienter cette énergie vers la production de fruits charnus plutôt que vers un feuillage envahissant. La taille est l’intervention qui permet de structurer la charpente et de renouveler les rameaux fructifères.
La taille d’hiver : le rendez-vous de la dormance
La période hivernale est le moment pour intervenir sur vos kiwis. C’est lors de cette phase de repos végétatif que vous dessinez la structure de la plante et préparez la récolte de l’année suivante.
Le calendrier idéal entre décembre et février
Le créneau optimal se situe entre décembre et la mi-février. Il est nécessaire d’opérer avant la remontée de la sève, qui survient aux premiers redoux. Si vous taillez trop tard, au printemps, la plante « pleure » : une sève abondante s’écoule des plaies, ce qui épuise le végétal. À l’inverse, évitez les périodes de fortes gelées inférieures à -5°C, qui fragilisent les bois fraîchement coupés.
La technique de sélection des rameaux fructifères
Sur un pied femelle ou autofertile, l’objectif est de conserver les branches qui porteront les fruits. Le kiwi fructifie sur les pousses de l’année issues de bois de l’année précédente. Lors de la taille d’hiver, identifiez les rameaux ayant déjà produit, souvent plus sombres et ramifiés, et rabattez-les pour favoriser l’émergence de nouveaux départs. Coupez les rameaux latéraux à environ deux ou trois yeux. Cette concentration de sève garantit des fruits plus gros et plus sucrés.
La taille d’été ou « taille en vert » pour la lumière
La taille d’été optimise la production. Souvent négligée, elle évite que le kiwi ne devienne un amas de feuilles étouffant les fruits. Elle intervient en deux temps : une première fois en juin et une seconde en août.

Dégager les fruits et limiter l’encombrement
En juin, les lianes s’allongent rapidement. La taille en vert consiste à pincer ou couper ces rameaux trop longs. Comptez quatre à cinq feuilles après le dernier groupe de fruits, puis sectionnez. Cela stoppe la croissance linéaire et force la plante à envoyer ses nutriments vers le développement des kiwis. Cette pratique laisse pénétrer la lumière et l’air au centre de la plante, limitant l’humidité stagnante et les maladies fongiques.
Le secret d’une fructification réussie réside dans l’équilibre géométrique. Imaginez un axe central solide, une colonne vertébrale à partir de laquelle les branches latérales s’épanouissent sans se croiser. Chaque coupe redirige l’énergie vitale. En dégageant les zones d’ombre créées par les rameaux qui s’entrelacent, vous assurez à chaque fruit une exposition optimale, évitant le phénomène de « cœur stérile » où le centre de la plante ne produit plus rien par manque de photosynthèse.
Maîtriser les gourmands et les rejets
Au cours de l’été, des tiges verticales vigoureuses apparaissent sur le tronc ou à la base : ce sont les gourmands. Ils consomment une énergie colossale sans produire de fruits. Supprimez-les totalement à la base dès leur apparition. Cette rigueur estivale facilite le travail de taille de l’hiver suivant, car vous n’aurez pas à démêler un écheveau de bois inutile.
Adapter la taille selon le sexe et l’âge de la plante
On ne taille pas un jeune plant comme une liane installée depuis dix ans, et on ne traite pas un pied mâle comme un pied femelle. Ces nuances sont essentielles pour préserver la pollinisation et la pérennité de votre verger.
La taille de formation des deux premières années
Les deux premières années sont consacrées à la formation de la structure, le tronc et les charpentières. La première année, rabattez le plant à deux yeux au-dessus du sol pour obtenir une tige vigoureuse. La deuxième année, sélectionnez la plus belle tige pour former le tronc et guidez les branches latérales sur le support, qu’il s’agisse d’un treillis ou de fils de fer. Ne cherchez pas à obtenir des fruits immédiatement ; une charpente solide est le gage d’une production abondante pour les trente prochaines années.
La différence entre pieds mâles et femelles
Le pied mâle fournit le pollen. Sa taille est différente. Intervenez juste après la floraison. Rabattez les rameaux ayant fleuri pour provoquer l’apparition de nouveaux bois qui fleuriront l’année suivante. Contrairement aux femelles, soyez plus sévère sur la coupe pour maintenir le mâle dans un volume restreint, tant qu’il produit assez de fleurs pour féconder ses voisines. Pour les variétés autofertiles, suivez le protocole des pieds femelles.
Les outils et les bonnes pratiques pour une coupe saine
Le kiwi est sensible à certaines bactéries, notamment le chancre bactérien. La propreté de vos outils est un facteur de réussite.
| Outil | Usage spécifique | Entretien |
|---|---|---|
| Sécateur à lames croisantes | Coupe des rameaux jusqu’à 2 cm | Désinfection à l’alcool à 70° |
| Coupe-branches | Suppression des vieilles charpentières | Affûtage régulier |
| Scie d’élagage | Coupes de plus de 4 cm | Nettoyage des dents |
Taillez toujours en biseau à environ 0,5 cm au-dessus d’un bourgeon. L’inclinaison de la coupe permet à l’eau de pluie de s’écouler à l’opposé du bourgeon pour éviter le pourrissement. Une coupe nette cicatrise plus vite qu’une plaie déchiquetée par un outil mal affûté. Si vous devez supprimer une branche de gros diamètre en hiver, l’application d’un mastic à cicatriser est une option, bien que la montée de sève printanière suffise souvent à colmater les brèches.
La taille du kiwi demande de la régularité. En intervenant au cœur de l’hiver pour la structure et deux fois en été pour la lumière, vous garantissez à votre liane une santé de fer et une productivité élevée. Gardez à l’esprit que chaque coup de sécateur doit servir un but précis : former, éclaircir ou renouveler.